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Sujet: "You'd make it grand out there ..." [Florinda Volonski]   Mar 1 Juil - 21:56

identité

imagine that the life you thought you shared wasn't really there



••• Nom : Florinda Soïanevna Volonski
••• Surnom(s) : L'Ombre de Sparklux
••• Âge : Vingt ans
••• Nationalité : Russe
••• Ancienneté sur Pulsar : Quelques mois, approximativement. Elle ne s'en rend plus compte. Mais son arrivée sur Pulsar est relativement récente.

••• Alors humain, satisfait de ta nouvelle Galaxie ? La satisfaction est un sentiment trop étranger à Florinda. Et Pulsar la gêne profondément, elle ne saurait dire pourquoi. Trop de couleurs peut-être. Trop de sérénité. Elle qui a été habituée si longtemps à la guerre, elle n'est pas sûre de comprendre ce qui lui arrive. Mais elle s'adapte. Pas si péniblement.
••• Comment t'intègres-tu parmi les Pulséens ? Que penses-tu d'eux ? Les Pulséens, Florinda les méprise. Tout comme elle méprise les humains, d'ailleurs. Elle ne veut en aucun cas s'intégrer à leur communauté loufoque, mais si elle en avait l'occasion, elle ne se priverait pas de profiter éhontément de leurs défaillances.
••• Penses-tu pouvoir devenir l'un d'eux, à la longue ? Florinda répondrait certainement par un ricanement hautain. Bien sûr que non.
••• Ton avis sur la politique ici ? Elle ne pourrait pas davantage éluder la question de la politique. Elle n'a jamais particulièrement affectionné ce concept. L'anarchie lui convient, elle lui est même profitable. Mais cette anarchie est trop lumineuse à son goût. Quant au roi, d'après ce qu'on lui a soufflé, il est loin d'avoir l'étoffe d'un dirigeant. Mais après tout, ce sont là des questions qui ne la regardent pas ...
••• Pas trop dépaysé dans cet environnement fantasque ? Florinda ne peut s'empêcher, encore aujourd'hui, de se sentir confuse face à certaines choses. Parfois, elle croit se trouver dans un univers onirique. Comme si toutes ses croyances cyniques se trouvaient ébranlées. Comme si elle avait quitté le seuil de la réalité sans s'en rendre compte.
••• Vas-tu briller, humain ? Certainement pas. Florinda se porte mieux dans les ténèbres.


personnalité

It just existed in your head The reflection used wasn't you


« Tell me, would you kill to save a life ?
Tell me, would you kill to prove you 're right ? »


Il y a chez Florinda Volonski une sorte d'altérité, d'ambivalence insondable. Ce qui transparaît avant tout est une attitude altière profondément assumée, sans doute un écho lointain de ce qu'elle a été, de ce qu'elle a pu être par le passé. Une aristocrate déchue, une patricienne dénaturée. Dépravée jusqu'à la moelle, noyée dans un monde devenu trop hostile pour elle. Il subsiste en effet chez la jeune femme un mépris corrosif ; la condescendance est sa principale arme, une arme qu'il serait inconscient de sous-estimer. Car, pour côtoyer Florinda, il faut s'en montrer digne. Il faut être en accord avec un certain nombre de critères non négligeables. La tolérance et l'empathie de la belle s'étant érodées avec le temps, elle en est venue à vouer une haine sans pareille pour ses semblables. Ainsi que pour tout autre être pensant. Pourquoi, d'ailleurs, se devrait-elle de leur accorder le moindre crédit ? A quoi bon perdre son temps en débat idéaliste quand l'univers pourrait être sauvé – ou tout du moins corrigé ? L'opinion d'autrui lui important peu, Florinda campe sur ses positions, féroce, tyrannique, prête à tout pour imposer sa vision du monde. Elle sait rallier un tiers à sa cause avec verve, ou lui faire courber l'échine à force d'intimidation. Elle sait se montrer discrète et astucieuse, mais semble écraser le monde de sa simple présence. Ce n'est pas tant de la prestance qui émane de cette femme harpie, plutôt une forme de violence aiguë. Elle ne ploie devant rien ni personne, continue sa folle marche, en quête de dévastation et d'anarchie. Les conflits la fascinent tant et si bien qu'elle parvient toujours à s'immiscer entre deux partis en colère – généralement plus dans l'intention d'envenimer la querelle que de l'apaiser. Contempler l'homme s’entre-déchirer est certainement l'une de ses occupations favorites. Ce chaos qu'il instaure est, selon elle, admirable. Ce chaos, elle le chérit, l'apprivoise, le caresse du dos de la main. Elle estime que le chaos est à la source de l'ordre de l'univers, qu'un événement à première vue infime et aléatoire peut conséquemment mener à la plus grande débâcle de l'histoire. Alors, c'est ce qu'elle fait, Florinda ; elle sème des gouttes d'eau dans l'océan infini de la vie. Après tout, qu'est-ce qu'un océan, si ce n'est une multitude de gouttes ?

Mais sous certains aspects à première vue calmes et composés, Florinda Volonski ne trompe personne quant à sa véritable nature. Même si la plupart du temps, la jeune femme se montre taciturne et impassible, chacun se méfie de ne pas réveiller par mégarde l'ouragan assoupi. Car Florinda n'est autre que la personnification de la colère et de la révolte. Elle s'offusque, s'agace, s'irrite, se rebelle, hurle, rugit, barrit telle une créature des enfers. A la moindre incartade, elle s'enflamme plus que de raison. Elle n'a pas froid aux yeux, c'est le moins qu'on puisse dire, mais sa témérité lui joue souvent des tours. La vie ne l'ayant pas épargnée, Florinda est devenu un être combatif, trop combatif, diront certains. A ses yeux, la survie est un impératif auquel elle dédie chaque instant de son existence. On se démène toujours pour vivre ; au moment où l'on décide d'abandonner, on meurt, c'est aussi simple que cela. La vie est une arène sans merci dans laquelle le fait de gagner est, plus qu'une grâce, une nécessité. Florinda l'a souvent appris à ses dépens, et met un point d'honneur à sortir victorieuse de toute situation. Peut-être est-ce là l'origine de ses ambitions démesurées. Car lorsqu'elle affirme ne vivre que pour assurer sa survie, elle ne vous dit pas toute la vérité. Ce n'est là que la face émergée de l'iceberg. Au fond, Florinda veut ordonner le monde à son image, apposer son influence sans bruit, dans l'ombre. Rien ne lui ferait plus horreur que d'être exposée aux autres. A l'image d'une marionnettiste, elle souhaite tirer certaines ficelles, subtilement, en douceur. Elle souhaite acquérir les connaissances les plus sombres de cette ère, connaître tout de l'être vivant, de ce qui le maintient en vie à son flot de pensées le plus complexe. C'est pour cette raison qu'elle patiente, qu'elle observe, qu'elle écoute, tapie dans l'obscurité comme un fauve qui attendrait l'instant propice pour égorger sa proie. Elle ne demande pas son reste pour le moment. Elle ne fait que s'interroger sur le monde, comme beaucoup. Elle n'est pas idéaliste, mais guidée par une raison froide et calculatrice. En éliminant certains nuisibles, n'est-on pas ainsi assuré de vivre plus longtemps, plus sereinement ? Florinda conquiert la vie à coup de poings. Elle hisse autour d'elle ces fondations qui la protégeront du reste du monde. Et elle n'a décidément que faire de l'opinion d'autrui.

Cette Scylla des temps modernes inspire définitivement la crainte. On ne l'approche pas trop, on la laisse cogiter en paix, de peur qu'elle sorte les crocs. On se doute des atrocités qu'elle a dû vivre pour développer un tel fatalisme. Son corps, lorsqu'il se dévoile, est en effet marqué par de lourdes cicatrices, vestiges d'un temps incertain. Indemne, son âme ne l'est pas non plus. Florinda n'était pas faite pour coopérer avec la vie. Derrière ce faciès bourré de suffisance, on entrevoit la douleur en filigrane. Elle suinte la souffrance, crie la peine, exhale le désespoir. Elle n'est pas, et n'a jamais été un être heureux. Le bonheur, elle ne l'a certainement même pas connu par intermittence. Elle a vécu avec la certitude que les bons sentiments n'étaient que de faux amis. Sa confiance, elle ne l'accorde pas aisément. L'animal sauvage se méfie, fait le gros dos, grogne un peu. Effrayé, blessé dans son orgueil. Elle ne laisse personne pénétrer cet antre qu'elle garde hargneusement, comme un secret dangereux. Mais elle manipule, se joue d'autrui, persuade avec sournoiserie. Elle ne veut pas d'amis, mais n'a rien contre l'idée de se faire quelques alliés. Elle n'aime pas, mais sait apprécier un être à sa juste valeur. Elle endure plus qu'elle n'apprécie, d'ailleurs. Mais lorsqu'elle vous endure, elle vous reconnaît, elle voit votre lumière dans ses ténèbres. Comme un phare qui, dans la nuit, indiquerait le chemin à prendre. Il ne faudrait pourtant pas se méprendre sur les réelles intentions de Florinda. Sa cruauté n'est pas gratuite, son implacabilité n'a pas pour but de faire souffrir – ou pas souvent. Elle choisit la voie de la discorde car elle estime qu'elle est la plus raisonnable. Selon elle, le monde est bicolore, bivalent, divisé en deux catégories très strictes : les êtres forts et les êtres faibles. Les êtres forts, plus prompts à asseoir leur pouvoir et leur volonté, sont naturellement placés au-dessus des êtres faibles qui laissent en général leur sens absurde de la justice prendre le pas sur leur raison. Cependant, un être faible n'est pas condamné à vivre infiniment dans cette position, si tant est qu'il prenne conscience des propres failles de son idéologie. Un être foncièrement mauvais ignorerait un homme à deux doigts de se noyer par pur désintérêt. Florinda aurait plutôt tendance à l'exhorter à nager pour s'en sortir par lui-même. Si l'on offre du poisson à un homme, il sera repu l'espace d'une journée, mais apprenez-lui à pêcher, et il ne souffrira plus jamais de la faim. Tel était ce en quoi Florinda Volonski croyait avec fermeté.

#Archives2148 – L'Ombre de Sparklux




« Le professeur Eustache Pygmalion avala une gorgée du breuvage à la robe bleutée que la charmante serveuse élémentaire lui avait servi à l'instant. La substance amère lui brûla la gorge tandis qu'il réprimait un grognement. Décidément, dans ces moments-là, la Terre et le bon vin lui manquaient tout particulièrement. Le vieil homme s'était installé sur Pulsar il y avait quelques années de cela, mais n'était malgré tout jamais parvenu à s'y sentir chez lui. Cet ancien ingénieur en robotique s'était trouvé bien dans l'embarras lorsqu'il avait découvert les Artificiels pulséens. Comment pouvait-il lutter face à de telles merveilles de technologie ? Face à ce triste constat, Pygmalion avait renoncé à sa passion pour les machines de guerre, et avait commencé une errance sans but à travers la galaxie. Tout du moins, jusqu'à sa rencontre avec Némale – il utilisait le mot « rencontre », bien qu'il n'avait interagi avec lui que par le biais de holo-communications. Cet Aquatique véreux et sans le moindre scrupules l'avait contacté, sans qu'il sache réellement pourquoi, après avoir eu vent de ses exploits terriens. Il se proposait de lui fournir l'accès à ses laboratoires privés, localisés sur la planète Sparklux, en échange de quoi il se devait de lui présenter un prototype de golem de guerre. Pygmalion en était resté coi. Pourquoi Némale faisait-il appel à ses services lorsque des centaines de Pulséens talentueux auraient fourni un meilleur travail ? Il s'était alors dit que quelque chose n'était pas net dans cette affaire. En collaborant avec un être humain, Némale faisait en sorte de ne pas ébruiter l'affaire. Pygmalion ignorait ce que l'Aquatique avait derrière la tête, et après tout, il n'en avait que faire. La morale n'avait jamais été un problème pour lui, dont les créations avaient probablement généré la mort de milliers d'individus sur Terre. Némale lui offrait une opportunité qui ne se représenterait probablement pas, voilà ce qui importait alors pour Eustache Pygmalion. Alors, sans réfléchir davantage, il avait soufflé à Némale une réponse positive.

Mais voilà que Pygmalion s'était trouvé face à un cas de conscience fort contraignant. Son golem Argos achevé, il avait hésité à le présenter à Némale. Des images furtives de la Terre en perdition lui étaient revenues malgré lui. Il avait participé à la dégénérescence de sa propre planète, était-il prêt à voir cette galaxie tomber de la même manière ? Il réalisa qu'il avait accepté cette collaboration dans l'unique but de pouvoir travailler de nouveau, mais cette fois-ci, il n'en assumait pas les potentielles conséquences. Il s'était alors terré dans cette sorte d'auberge miteuse afin de s'éclaircir les idées, et surtout, de faire profil bas. Némale devait être d'ores et déjà au courant de sa défection, et tâcherait de l'empêcher de quitter la planète à tout prix. Pour le moment, il s'accordait un peu de répit, tout en réfléchissant à un plan d'action. Il savait que l'Aquatique ne tarderait pas à envoyer des mercenaires à ses trousses, et ceux de Sparklux, bien que discrets, n'étaient pas des plus tendres.

« Professeur Pygmalion ? »

Pygmalion tressaillit, replaça son couvre-chef, comme mû par un mécanisme d'auto-défense. La voix était féminine, rauque, impitoyable. Il ne leva pas les yeux de suite, terrorisé par l'éventualité qu'on l'ait retrouvé si vite. Des gouttes de sueur perlaient sur la surface de son front telles des milliers de bourgeons translucides.

« Que … Que me voulez-vous ? »

Les mots du vieillard étaient dépourvus d'assurance. La nuque basse, il avai instantanément adopté une attitude de soumission. Rongé par la peur, ses muscles s'étaient comme ankylosés sous l'effet de l'appréhension.

« Je vais devoir vous demander de me suivre. Immédiatement. »

La main de la silhouette sombre s'était abattue sans délicatesse aucune sur la table derrière laquelle Pygmalion était installé. Le corps avachi du vieil homme tressauta par réflexe. Il remarqua alors le silence autour d'eux. Tout brouhaha ambiant s'était éteint. Les yeux mornes de Pygmalion glissèrent lentement sur son interlocutrice. Elle était vêtue de noir. Son regard bleu perçant fixé ardemment sur lui. Ses lèvres pincées en signe d'impatience. L'espace d'un instant, il eut l'impression incompréhensible de la connaître sans l'avoir jamais vue. Un sentiment fort désagréable étant donné qu'elle semblait prête à lui sauter à la gorge à tout moment. Il déglutit silencieusement. Il sentait que tous les clients de l'auberge les dévisageaient, et souhaita qu'en clignant des yeux, il puisse disparaître d'ici, échapper à cette situation hostile, s'évaporer, tout simplement. Il lui sembla percevoir des chuchotements derrière lui. « L'Ombre de Sparklux », disait-on. Se pouvait-il que cette femme minuscule fût l'Ombre de Sparklux ? Ce mercenaire réputé pour son extrême efficacité en toute circonstance ? On racontait que l'Ombre récoltait avant tout des informations, mais qu'elle ne rechignait pas à procéder à des trafics en tout genre, et qu'il lui arrivait aussi fréquemment d'éliminer des individus récalcitrants. Le plus étonnant était la rumeur qui laissait entendre que l'Ombre était humaine. Pygmalion n'en croyait toujours pas ses yeux. L'Ombre était l'une de ses semblables. L'Ombre était une femme, presque encore une enfant. Comment avait-elle pu en arriver là ?

« Vous m'en voyez navré, mademoiselle … souffla le vieillard, tâchant de retrouver un tant soit peu de substance. Mais je ne puis accéder à votre requête. »


***


Contre toute attente, le visage du vieillard se para d'un sourire qui dénotait d'une satisfaction pure. Florinda le vit enfoncer la main dans l'une de ses poches. Sentant la menace, elle dégaina furtivement son arme et mit le professeur en joue. Celui-ci haussa vaguement les épaules : il était trop tard. Déjà, Florinda entendait derrière un vrombissement singulier. L'un des murs de la bâtisse fut presque réduit à néant sous l'action de la créature de métal, tandis que celle-ci se ruait sur l'être qui avait osé provoquer son maître. Sans réfléchir, la jeune femme se jeta sur le côté. Son corps glissa sur le sol froid sur plusieurs mètres. L'impact du golem venait de créer un nuage de poussière conséquent, si bien que Florinda manqua presque la fuite opportuniste de Pygmalion. D'un geste précis et sec, elle visa la jambe du vieillard et tira. Celui-ci hurla de douleur, mais continua son échappée en claudiquant. Tout du moins, il lui serait plus aisé de le rattraper par la suite, le temps de trouver un moyen de se débarrasser de cette fichue machine. Florinda se releva avec peine, pendant que la plupart des clients de l'auberge fuyaient à toutes jambes. Les pas lourds d'Argos résonnèrent en écho dans son dos, une nouvelle fois. Cette situation ne l'arrangeait vraiment pas. Le golem poussa une sorte de mugissement métallique alors qu'il fondait derechef sur sa proie, abattant son énorme poing sur la toute petite femme qui lui faisait face. Les muscles de Florinda se dérouillèrent, et elle évita l'assaut sans trop de peine ; la constitution massive d'Argos le handicapait suffisamment  pour que la jeune femme se joue de sa lenteur – mais pour combien de temps encore ? Lorsqu'elle actionna son arme, les balles ricochèrent sur la carapace de métal sans l'esquinter ; il lui fallait un plan d'attaque et vite. Chaque seconde qui passait permettait à Pygmalion de s'éloigner davantage. Il n'était pas question que cet homme lui échappe.

Aussi vite qu'elle le put, Florinda fonça adroitement jusqu'au bar et s'empara d'une bouteille d'alcool fort. Elle le connaissait bien, l'alcool qu'on servait à Sparklux. Il était agressif, corrosif, comme elle l'aimait. Il brûlait le palais et retournait les entrailles. Pendant ce temps, Argos peinait à suivre les mouvements les plus rapides de la mercenaire, et, confus, semblait s'être résigné à la mitrailler de loin. Le corps menu de Florinda prenait de la vitesse tandis qu'elle s'efforçait de rester hors de portée des tirs ennemis. Lorsque le liquide fut répandu à travers la pièce, elle tâcha de prendre davantage de distance. Elle sortit de sa poche un briquet qu'elle alluma devant les yeux sans vie d'Argos. Celui-ci cessa le feu, semblant presque comprendre ce qui lui arrivait. Son hurlement métallique sembla cette fois-ci presque empli de désespoir. Florinda jeta le briquet à terre, et de violentes flammes bleutées prirent d'assaut l'auberge, créant une puissante déflagration qui fit s'effondrer la bâtisse.

La jeune femme, que l'explosion avait soufflé à quelques mètres de là, fut prise malgré elle d'une quinte de toux. Elle se redressa finalement, contempla son œuvre sans mot dire. Son corps, probablement couvert d'ecchymoses, la faisait souffrir atrocement, mais pour l'heure, elle ne pouvait décemment pas se laisser aller. Elle s'empressa de suivre la trace de Pygmalion, que sa blessure avait rendue à son grand dam évidente. Elle retrouva le vieillard non loin de là, assis dans une ruelle, s'essayant à poser un garrot sur sa plaie sanguinolente. Elle s'approcha de lui avec un calme irréel, et lui sourit comme il l'avait fait quelques minutes plus tôt.

« Vous m'en voyez navrée. Mais il semblerait que vous n'ayez d'autre choix que d'accéder à ma requête. »


histoire

And wherever you are, land on another star

#Premier chapitre : Rêves d'enfant. Ambition. Fondations chancelantes.

« Are you my family ?
Can I stay with you a while ?
I could make you smile. »




Mikhaïl Volonski était un homme prospère. Prospère, mais terriblement seul. Il régnait sur son royaume sans alliés, sans amour. L'intransigeance du titan faisait ployer ses ennemis. Mikhaïl n'avait pas peur. Ou peut-être craignait-il la peur en elle-même. Ou la mort, seul fléau à même de le ramener à la poussière dont il était issu. Il descendait d'une famille d'aristocrates. D'individus importants et imbuvables qui ne s'étaient pas gênés pour ratiboiser les êtres humains autour d'eux. Pour se hisser au sommet sans concurrence. Eux non plus n'avaient pas eu peur. Mais ils avaient tout de même assuré leurs arrières. Cette prévoyance excessive écœurait Mikhaïl. Il se voyait déjà vieillir seul sur sa montagne d'or et de diamants. Mais qu'adviendrait-il de ces richesses lorsqu'il s'éteindrait ? La pensée lui avait traversé l'esprit.
Une fois, subrepticement.
Pas plus longtemps qu'un battement de cils.
Mais cela avait suffi pour implanter l'idée noire dans son cœur. Dès lors, il s'était acharné dans son plan d'avenir : il lui fallait fournir la progéniture parfaite, la descendance idéale pour porter le fardeau qu'il laisserait derrière lui. Il était pour lui hors de question de reproduire les erreurs de ses parents ou de ses aïeux avant lui ; il ne se marierait pas, il ne se reproduirait pas de manière conventionnelle. La probabilité seule que l'on souille ce corps engendré pour la réussite le plongeait dans un état de profonde aversion. Il créerait l'enfant de toute pièce, à son image.
Beaucoup aurait considéré que cette idée de mettre un enfant au monde en des temps si sombres n'était que pure folie. En effet, la Russie, ce pays à la culture rutilante, était rongé – comme d'innombrables autres contrées – par des conflits internes sans merci. Mais ce n'était que poudre aux yeux pour le fier descendant de la famille Volonski. Il s'estimait hors de portée, préservé dans sa toute puissance et sa mégalomanie. Il s'imaginait même que ce désordre ambiant lui serait à long terme profitable. Économiquement, le pays allait mal. De nombreux concurrents étaient tombés, incapables de jouer les funambules sur ce fil d'acier. Mikhaïl virevoltait avec grâce dans l'espace. Il embrassait le monopole. Il ne tomberait pas. Jamais.

Ainsi fut conçue Florinda Soïanevna Volonski. Artificiellement, sans amour. Le fruit des excellents gènes d'un père orgueilleux, et d'une mère anonyme, choisie parmi des milliers de candidates. Une enfant pleine de vie, jolie comme une poupée de porcelaine. Une enfant qui n'était rien d'autre pour son géniteur qu'une simple promesse de grandeur. Car Mikhaïl s'enorgueillissait plus qu'il ne s'attendrissait de sa progéniture ; elle portait en elle la gloire des Volonski.
C'est dans cet état d'esprit froid et élitiste que fut élevée Florinda. Les nourrices s'échangeaient l'enfant comme une petite chose sans importance, que l'on porte à bras-le-corps, distraitement. Elle ne voyait que rarement son père, qui se contentait de la gratifier de vulgaires tapes sur la tête en l'exhortant à se surpasser. Se surpasser encore. Toujours davantage. Elle ne connut pas la tendresse. Simplement l'ennui des longues après-midis passées dans le séjour du manoir Volonski, dans lequel on lui apprenait toute sorte de choses qu'elle oubliait presque instantanément. Les mots mécaniques de ses professeurs de solfège, d'histoire, de littérature, de rhétorique … se noyaient dans les méandres de son esprit capricieux. Elle passait le plus clair de son temps à se perdre à la fenêtre, en rêvant d'autres choses.
Florinda voulait courir, rire, respirer, aimer peut-être. Elle voulait vivre.
Elle caressait du doigt cette existence qui ne serait jamais sienne. Ses amis qu'elle ne se ferait pas. Elle tournait en rond dans sa solitude un peu morne, un peu trop froide à son goût. Comment était-le monde, au dehors ? Etait-il aussi beau que dans ses livres ? Elle l'ignorait. Elle ignorait également qu'elle l'apprendrait vite à ses dépens.

La guerre éclata finalement. L'entreprise de Mikhaïl chuta, comme les autres. Le manoir des Volonski fut réduit en cendres sous le feu des assauts ennemis. Après l'opulence, Florinda connut la misère. Son père la traînait de refuge en refuge, lui enserrant le poignet sans douceur. Il ne disait jamais rien. L'enfant ne savait pas ce qu'il ressentait, s'il avait perdu espoir ou non. Il conservait ce faciès sans émotions qui était le sien. Il gardait la tête haute, comme un ancien seigneur déchu. Lors de ces nuits froides passées dans les bras de son géniteur pour se tenir chaud, généralement dans des abris de fortune lugubres, Florinda se demandait si ce n'était pas cela qu'on appelait « amour ». Au delà du désespoir, il y avait quelque chose d'autre, un sentiment très doux lorsqu'elle écoutait la respiration régulière et rauque de ce père assoupi. Peut-être était-ce dans les ténèbres que l'on était capable de découvrir des tâches de lumière. Pour la première fois, Florinda se sentit à sa place.

Pourtant, un soir, elle découvrit que le désespoir conduisait à l’infamie. Mikhaïl s'était absenté quelques heures pour chercher de quoi manger – tout du moins l'avait-il prétendu. Les temps se faisaient de plus en plus durs, et chaque jour, leurs chances de survie s'amincissaient. L'enfant somnolait dans un coin du gîte, emmitouflée dans des couvertures. Le grincement de la porte la tira subitement de son sommeil. S'attendant à retrouver Mikhaïl, elle se redressa avec une joie palpable. Mais sa joie fut de bien courte durée.
Il se tenait face à elle, le regard lubrique. Colosse de chair et d'os en quête de réconfort dans l'obscurité. Ogre prêt à avaler l'enfant, à l'aspirer dans les méandres de ses vices. Le vide de ses yeux était infini, interminable. Noir comme une mer d'encre. Il souriait. Silencieux. Prédateur de peu de mots. Il marmonna quelque chose. Florinda se figea. Comme le temps autour d'eux. Elle aurait voulu hurler. Elle aurait voulu que Mikhaïl la sauve. Mais elle avait compris.
Il ne la sauverait pas.
Il était son bourreau.
Elle était la gloire des Volonski.
Ce soir-là, le corps de l'enfant se changea en pierre. Elle avait fermé les yeux longtemps, et accepté sa sentence. Elle avait toléré ce corps qui sentait la poudre sur le sien, frêle, virginal. Elle avait subi, dans toute sa dévotion pour son père. Car elle avait compris qu'il n'avait pas trouvé d'alternatives. Que la survie impliquait de prendre sur soi. Et elle voulait vivre. Peu importait le sang versé. Peu importait le dégoût qui s'immisçait peu à peu dans son âme. La peur, comme un étau, s'enroulait autour d'elle. Mais elle ne cillait pas. Pas encore.

Le manège dura un temps. Jusqu'à ce que l'enfant choisisse d'y mettre un terme. La désillusion fut brutale, acérée comme un couperet. Mikhaïl ne l'aimait pas. Lorsqu'elle dormait dans ses bras, il ne l'aimait pas. Elle n'avait été, et ce depuis le départ, qu'un vulgaire instrument de survie. Florinda ne voulait pas de ça. Elle ne supportait plus cette douleur. Quitte à mourir, elle voulait s'en délivrer. L'enfant prit la décision de s'enfuir. Elle disparut dans la nuit, livrée à elle-même. Seule, de nouveau. Elle savait que Mikhaïl ne survivrait pas. Elle avait été son dernier recours.
Cette nuit-là, elle ne se retourna pas. Certains individus méritaient leur sort.

Il avait été le moins glorieux des Volonski.


***




#Second chapitre : Rêves brisés. Désir de vivre. Délation.


« I want to feel the pain and the bitter taste
Of the blood on my lips again. »




Les petits pas vifs traversèrent le chemin emboué. La respiration saccadée de l'enfant se faisait indistincte à travers le camp. En bon chapardeur, la silhouette agile se faufilait d'ombre en ombre, invisible et omniprésente à la fois. Florinda prenait cela pour un jeu désormais. Subtiliser de la nourriture aux soldats s'était avéré une tâche plus aisée qu'elle ne le pensait de prime abord. C'était un jeu, certes, mais un jeu nécessaire. Et surtout, elle jouait avec sa vie. Elle pariait sur sa propre existence. Elle tirait à pile-ou-face avec le destin.
Depuis qu'elle avait quitté son géniteur, elle avait expérimenté une toute autre forme de misère. Elle s'était trouvée livrée à elle-même, et force était de constater qu'elle ne savait pas faire grand chose. Elle était cet être délicat et bien élevé, à qui l'on avait appris à ne jamais faire d'écarts. Jamais d'effusions de voix. Jamais un mouvement de travers. La mesure était sa vertu. Mais cette vie de rue l'avait forcée à mettre ses anciennes valeurs de côté. Elle avait rejoint un groupe d'orphelins aussi perdues qu'elle. Ils se serraient les coudes, ils s'entraidaient. Cette solidarité nouvelle lui faisait du bien. Lorsqu'elle s'introduisait dans les camps, elle était la plupart du temps terrorisée, mais elle savait pertinemment que des gamins affamés dépendaient d'elle. Alors elle s'attelait à la tâche, avec un professionnalisme ardent.

Ce jour-là n'était à priori pas différent d'un autre. A cette heure-ci, le camp était presque désert ; seuls quelques officiers se trouvaient là, la mine patibulaire, éreintés par cette joute qui n'en finissait pas. Florinda jeta une rapide œillade autour d'elle, puis s'introduisit dans la tente qui abritait les victuailles. Ils semblaient si lointains, ces festins de seigneur qu'elle avait connus dans le manoir des Volonski. Désormais, seules quelques boîtes de conserve bas de gamme suffisaient à calmer sa faim. L'adolescente s'empressait de remplir son sac à dos. Était-ce la faim, la fatigue, ou l'angoisse qui teintait à ce point ses gestes de maladresse ? Elle n'aurait su le dire, certainement un fin alliage des trois. Le fait est que les boîtes de métal s'entrechoquèrent, avant de s'écraser sur le sol. Douloureuse erreur. Panique. Le rythme cardiaque de l'adolescente s'accéléra plus que de raison. Ses mains tremblaient, sa nuque se couvrit de sueur. Une voix lointaine parvint à ses oreilles. Le petit corps affolé se figea.
Que faire ?
Où s'enfuir ?
Voilà que Florinda se trouvait tout bonnement prise au piège dans cette tente exiguë. Elle les sentait approcher, les officiers. Ils ne feraient certainement preuve d'aucune compassion. Elle n'était pourtant qu'une gosse qui tentait de survivre … Était-ce là un crime ?
Mais elle n'avait déjà plus le temps d'y réfléchir. En une fraction de seconde, trois bourreaux l'entouraient, créant une muraille infranchissable. L'un d'eux, le plus imposant, s'empara de l'enfant par le collet. Elle sentit son souffle tiède contre son oreille.

« Ecoute-moi bien, sale rat … »

Sa voix était doucereuse, comme un fruit amer.

« Tu vas nous dire tout de suite où se terrent tes gentils camarades … Vos pillages ont assez duré. »

L'adolescente ne réagit pas aux premières menaces du soldat. Elle garda son sang-froid, tâcha de ne pas se montrer impressionnable, malgré la frayeur incontrôlée qui faisait trembler ses membres. Lentement, elle secoua la tête de droite à gauche, les yeux dans le vague. Cette situation lui paraissait si irréelle. Elle avait l'impression d'observer la scène de plus haut, elle se voyait de loin, elle, petit être effrayé, prostré dans son mutisme. Devant ce manque de coopération évident, l'homme, agacé, fielleux, enfonça la crosse de son arme dans les côtes de sa proie. Celle-ci étouffa un gémissement avant de se laisser tomber à genoux. Florinda se mordit la lèvre, ferma les yeux. Elle ne devait pas succomber maintenant, elle devait résister.
Les monstres se gargarisaient de satisfaction au-dessus d'elle. Ils riaient à gorge déployée, de ce rire méphistophélique qu'elle exécrait. Elle les haïssait, elle aurait voulu qu'ils disparaissent, qu'ils souffrent. Mais ici bas, seule la loi du plus fort était respectée. Et, comme pour illustrer cette pensée, la semelle de l'un des hommes vint s'écraser sur le visage de Florinda. Le corps maigre roula contre la pierre froide, inanimé. Un goût ferreux vint chatouiller sa langue. Une douleur cinglante se fit sentir au niveau de sa lèvre supérieure, sans doute fendue. L'enfant glapit, le corps pris de convulsions irrépressibles. Elle sentit une main lui enserrer le crâne et appuyer son visage contre le sol. Violemment. Sans commisération. Elle distinguait tout par intermittence ;  elle aurait voulu s'évanouir, ne plus assister à ce spectacle de cruauté. Un œil flou la fixait, décryptait le moindre de ses sentiments. Elle ne put davantage réprimer ses sanglots.

« Puisque tu refuses de coopérer, permets-moi de faire appel à ta raison. » La voix du soldat résonnait. Ses pensées n'étaient plus claires. L'univers basculait tout autour d'elle. « Nous nous trouvons actuellement sur une zone militarisée. C'est-à-dire que si je décidais de te tuer, personne n'y trouverait rien à redire ... Tu me suis ? »

Son ultime argument fut de coller le canon glacé de son revolver sur la tempe de l'enfant, dont le visage n'était plus qu'un vague conglomérat de larmes, de terre et de sang. La douleur avait comme anesthésié tout son corps : elle flottait à travers la discorde, sereinement. Les mots lui étaient parvenus de très loin. Elle pria pour que ce ne fut qu'un cauchemar. Elle se réveillerait dans un instant, dans les bras de son père. Elle avait rêvé tout cela. Rien n'était arrivé. Mikhaïl l'avait aimée. Il l'aimait encore. Ils avaient survécu ensemble.
Désespoir sourd. Les sanglots de l'adolescente étaient épuisés. Ses yeux bleu cobalt se posèrent sur le tyran. Elle aurait aimé être une gorgone, le transformer en pierre d'un regard. Cela aurait été si facile. Les lèvres de Florinda frétillèrent. Elle parla. Elle murmura dans la tourmente. Elle voulait vivre.




Le corps de Florinda, sans vie. Le corps d'une marionnette. Tombeau d'une âme en perdition. L'adolescente ne se nourrissait plus. Adossée au même mur tout le jour, elle fixait un point inatteignable de l'univers. Non pas un point inatteignable, mais un souvenir. Une image très précise, horrifique. Des marques de pneus fraîches sur la terre meuble. Cette odeur suffocante qui lui était montée au nez, l'avait assaillie comme un ennemi revanchard. Sous ses pieds, quelque chose de poisseux. L'univers entier s'était comme mis sur pause. Elle avait contemplé le gîte sans comprendre. Elle ne ressentait plus rien, seulement un énorme vide au fond de son cœur. Elle avait cessé de respirer quelques secondes, des secondes interminables qui s'étendaient à l'infini. Elle ne pouvait pas décrire l'horreur à laquelle elle avait assisté. Les mots restaient coincés, les pensées se suspendaient au vol. Elle réalisait avec effroi ce que sa soif de vivre lui avait coûté. Elle réalisait qu'elle vivait, et qu'on ne parlerait plus jamais d'eux. Elle se demandait s'il n'aurait pas mieux valu qu'elle meure à leur place. Qu'elle crève comme un animal sur le pavé. Qui s'en serait soucié ? Qui s'en soucierait désormais ? Et c'était ce qu'elle prévoyait de faire. Rester dans une inertie parfaite en attendant paisiblement que la mort accepte cette rescapée de la vie. L'ingratitude de son comportement la répugnait. Elle devrait vivre. Pour ceux qui ne le pourraient jamais plus.
Elle inspira profondément, leva les yeux au ciel. Il s'était paré d'un bleu strié de jaune. Contre toute attente, cette vision l'apaisa. Elle remarqua à peine la silhouette qui se tenait face à elle. Un jeune homme, vêtu d'une tenue de soldat. Le visage doux, bienveillant. Des cheveux d'un blond si clair qu'ils paraissaient irréels. Comme une auréole de lumière.
L'exquise créature lui sourit. Lui tendit la main d'un geste empli de chaleur.
Florinda hésita. Puis répondit à son appel. La main était tiède, douce comme une plume.

Elle n'avait plus peur.


***




#Troisième chapitre : Perte des rêves. Simulacre d'amour. Espoir.

« In the waves, I've lost every trace of you.
Where are you ? »




Neil. Ce prénom sonnait comme le tintinnabulement léger d'une clochette. Et Neil n'était autre qu'un souffle de vent léger sur l'existence morne de Florinda. Il était son Salut. Par sa chaleur, il absolvait ses péchés les plus impardonnables. A ses yeux, il était un rayon de soleil en hiver, la lueur d'un phare à travers l'opacité de ses ténèbres. Il l'avait aidée à se relever, l'avait soutenue, lui avait ouvert les yeux. Lui avait redonné foi en la vie. Lui avait insufflé cette rage de vaincre qui lui était si caractéristique.
Neil était un soldat un peu troublé. Il n'aimait pas se battre, mais le faisait pour rétablir l'ordre. Un peu timide, un peu résigné dans sa démarche. Il savait qu'il n'y avait peut-être plus rien à sauver ici bas, mais il gardait espoir. Car Neil n'était qu'espoir. Comme Florinda, il se battait sans relâche pour  sa survie. Et à la différence de celle-ci, il se battait également pour la survie des êtres qui lui étaient chers. Sa mère malade et son petit frère chétif, dont il s'occupait fréquemment. Il y avait chez Neil un amalgame de force et de fragilité qui fascinait Florinda. Tout chez lui respirait l'ambivalence, à commencer par son apparence physique. Il exhalait la délicatesse, dans ses gestes, ses attitudes, malgré sa stature imposante. Son regard avait quelque chose de très doux, mais reflétait les sévices de celui qui en avait trop vu. Pour Florinda, il était un mystère à résoudre, un être légitimement touchant.
Elle l'avait suivi sans trop se poser de questions. Elle avait été déterminée à mourir, et voilà qu'elle s'évertuait à vivre. De quelle étrange influence cet inconnu disposait-il ? Elle lui avait voué une sorte de confiance aveugle, presque instantanément. Son visage lui était apparu, franc, confiant, sorti d'elle ne savait où. Une pierre jetée sur son chemin par la bonne fortune. Elle avait tenu la main de Neil en silence, absorbée par sa démarche un tantinet maladroite. La voie à suivre s'était imposée d'elle-même. Ses expériences passées s'étaient affaissées face à l'avenir radieux que lui présentait le jeune homme.

Florinda Volonski s'était engagée dans l'armée. En vérité, elle n'avait pas eu réellement le choix. Elle n'avait sa place nulle part ailleurs. Elle avait subi un entraînement intensif pendant plusieurs semaines. Son corps développa des automatismes auquel elle ne s'attendait véritablement pas. Elle était naturellement douée, agile, dextre, impitoyable. Elle avait la férocité d'un animal resté trop longtemps en cage. Très vite, on l'avait envoyée au front. Elle aimait cette adrénaline, cette idée de mettre consciemment sa vie en jeu. Chaque jour constituait un nouveau défi. Elle se demandait souvent si ses actions avaient un sens. Si la vie elle-même avait un sens. Elle n'en voyait plus qu'un : se battre ou mourir.


***


La visée du sniper tremblotait sur le crâne de l'ennemi. La soldate plissa les yeux, puis pressa la détente d'un mouvement sec. La balle poursuivit sa trajectoire dans un sifflement, et transperça sa cible. Le corps s'effondra dans un déluge de poussière, sans vie.

«  Papa ! »

Florinda tressaillit. Un enfant venait d'apparaître dans sa ligne de mire. En larmes, il s'affaira autour du cadavre de feu son géniteur. Cette forme de désespoir, elle l'avait connue. Elle voyait en cet enfant une réflexion d'elle-même. Le viseur effleurait malgré tout le corps gracile. Elle ne parvenait pas à se convaincre d'appuyer sur la détente une nouvelle fois. Cela ne rimait à rien.

« Volonski, arrête de rêvasser ! Finis le boulot ! »

Elle acquiesça aux paroles de l'officier.
Au moment d'actionner la gâchette, elle se rendit compte qu'elle pleurait.

Quelques minutes plus tard, furieuse, elle faisait claquer la porte des baraquements.

« Neil ! Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce que ça veut dire ? A quoi cela nous mène-t-il ? »

Le jeune homme était installé au fond de la pièce, muet.

« Pourquoi … Neil ? »

Lorsqu'elle parvint près de celui-ci, elle se rendit compte qu'il essayait de recoudre de lui-même une vilaine plaie au niveau de son abdomen. Il lui sourit, visiblement trop épuisé pour articuler le moindre mot. Ce sourire, elle ne le connaissait que trop bien. Il signifiait quelque chose comme : « Ne t'inquiète pas, on essaie de faire de notre mieux. » Elle demeura interdite, et se rallia au silence de son frère d'armes. Elle s'assit à ses côtés, refusant de s'avouer qu'elle s'inquiétait pour lui. Neil finit par s'assoupir sur ses genoux. Son corps était glacé, comme celui d'un mort. Il émanait de sa chevelure une fragrance musquée capiteuse qui surplombait celle de la poudre et du sang.
Elle était convaincue que cette odeur la ramènerait à bon port, quoi qu'il arrive.
Elle réalisa, avec stupeur, que peut-être …
Elle passa une main peu assurée dans la chevelure blonde de cet homme, de cet enfant, de cet être confus. Elle n'était sûre que d'une chose : s'il disparaissait, le monde serait beaucoup moins beau.


***


Neil l'avait prise par la main et s'était mis à courir. Elle ne comprenait pas ce qui lui passait par la tête, mais son entêtement semblait sans failles. La main chaude de Neil serrant la sienne. Elle sentait à travers cette main toute son angoisse, tout son empressement absurde. Elle aurait voulu lui enjoindre de lui expliquer son plan. A la place, elle se laissait guider aveuglément par cet homme, une nouvelle fois. Neil tourna à l'angle d'une ruelle. Une impasse. A l'extrémité de celle-ci, une sorte de faille de laquelle s'échappait une lueur rose qui aurait rasséréné n'importe quel esprit troublé. Florinda s'approcha d'un pas, méfiante et curieuse à la fois. Elle interrogea Neil du regard.

« J'ai vaguement entendu parler de ces choses. On raconte qu'elles t'emmènent loin d'ici. Tu n'es pas heureuse ici. Tu es persuadée que la Terre est perdue. Je t'offre une sortie de secours. Un ultime moyen de vivre. »

Dans l'incompréhension, la jeune femme y voyait un espoir. Elle sauta presque au cou de Neil, s'accrocha à lui avec force. Il était le seul à même de la comprendre, il lui offrait la vie qu'elle n'avait jamais eue sur un plateau. Elle en aurait pleuré de joie si elle n'avait pas été si effrayée par l'éventualité de traverser ce portail.
Mais quelque chose clochait. Le regard de Neil n'était pas celui de l'enthousiasme. Elle y lisait une insondable tristesse.

« Tu … Tu ne viens pas ? » bredouilla-t-elle, abandonnant toute consistance.

Pour toute réponse, Neil dodelina vaguement de la tête.
L'étreinte de Florinda se resserrait. Il était hors de question qu'elle quitte ce monde sans lui.

« J'ai encore à faire ici, Florinda. Je ne peux pas abandonner ceux pour qui je me bats. Et cette faille pourrait se fermer à tout instant. Ce nouveau départ, il est pour toi. Moi, je n'y ai pas droit. Pas encore. »

Florinda aurait aimé lui dire qu'elle voulait qu'il se batte pour elle et elle seule. Elle aurait aimé lui dire qu'elle refusait de vivre dans un monde dans lequel il n'existait pas. Qu'elle survivait uniquement grâce à lui.
Mais elle ne dit rien de tout cela.
Ses yeux s'emplirent de larmes tandis qu'elle répétait mécaniquement qu'elle ne partirait pas.

Elle ne partirait pas.

Des détonations ennemies se firent entendre derrière eux.

Elle ne partirait pas.

Neil posa ses mains sur ses épaules, comme pour lui insuffler du courage.

Non, elle ne partirait pas.

Puis, il le fit.
Il la bouscula violemment en direction de la faille.
Elle se sentit comme happée par une douce chaleur.
Elle vit Neil lui sourire. Une dernière fois.
Puis le néant.


llomerryn

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••• Et sinon, comment votre fusée s’est-elle posée sur Pulsar ? : C'est quelqu'un qui n'est même pas encore inscrite ici qui m'en a parlé. J'ai trouvé le design cool. Et le contexte. Et l'univers. Et tout. Alors me voilà.
••• Des petites suggestions ou un truc à ajouter ? : Euh. Je voudrais demander pardon à ceux qui vont me lire. Parce que je sais plus écrire. Çafaitunanquej'aipasrp. Pardon. Je suis rouillée. ;_;
••• on a pas de question rigolote alors voilà un smiley I love you : Kiss bb love.



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Sujet: Re: "You'd make it grand out there ..." [Florinda Volonski]   Mar 1 Juil - 22:35
bienvenue sur pulsar florinda !


je vais être sincère le n de son prénom me mindfuck un peu en mode "comment ça elle s'appelle pas florida ?" /dumb modo au rapport
je te trouve pas si rouillée que ça en tout cas c'était très bien écrit I love you je te conseillerais juste peut-être de rajouter quelques retours à la ligne dans tes paragraphes, pour rendre la lecture plus agréable !

juste un petit truc je ne suis pas sûre si les portails vers pulsar sont ouverts depuis un an, je sais que ça n'est précisé nulle part mais il me semble que c'était quelque chose du genre 5 mois maximum ? je demanderais à notre roi adoré pour une réponse officielle //feel free de squatter ce message phoebus-sama, en attendant tu peux continuer ta présa, au plaisir de lire ton histoire ! I love you

CYTEDIT oui les portails sont ouverts depuis plus ou moins 5 mois humains !!!!
SINON BIENVENUE HIHIHI


oui je suis désolée j'ai prévu de faire un résumé des événements avec une échelle de temps humaine mais j'ai pas encore eu le temps de la mettre en place ;; BIENVENUE CHOU ♥️



you're a calamity, you know that ?

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Sujet: Re: "You'd make it grand out there ..." [Florinda Volonski]   Mer 2 Juil - 22:16
Merci pour votre accueil, vous êtes mignons. I love you 
J'ai tout terminé d'une traite, j'ai un peu mal au crâne.
Mais voilà, faites-moi signe si quelque chose cloche !
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Sujet: Re: "You'd make it grand out there ..." [Florinda Volonski]   Jeu 3 Juil - 11:12
je suis vraiment vraiment désolée de ne pas m'être occupée de ta présa plus tôt, j'étais beaucoup trop crevée hier soir ;;;;;

j'ai beaucoup aimé ton histoire en tout cas, je me sens super désolée pour Florinda ;;; //alors que j'ai rien à voir avec son histoire mais ELLE A EU UNE VIE TROP TRISTE ATTEND c'est pas juste j'aurais voulu que Pulsar puisse lui donner un cool nouveau départ ;;;;;;



florinda


te voilà arrivée sur pulsar ! le roi donc te remet ton registre à étoiles en signe de bienvenue et te souhaite une étincelante existence parmi les astres.
Bonne chance, et surtout, brille.

Humain, ton Portail t'a déposé sur LA ROUTE ARC-EN-CIEL. Tu peux choisir d'y faire ton premier RP, ou simplement de garder ce fait comme une information !
Tu as de la chance, ton Portail a l'air de t'avoir déposé en en seul morceau. Tente de le rester !

n'oublie pas de recenser ton avatar !



etencoredésoléepourletempsd'attentedhhfdgfd ;;;;;


quand sonne l'heure, hissons nos couleurs.
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Sujet: Re: "You'd make it grand out there ..." [Florinda Volonski]   

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